Maman, pour encore quelques heures.

J’apprends qu’il te reste quelques heures à vivre,
Et je suis séparé de toi de plusieurs milliers de kilomètre,
Le lien invisible qui accueille ta présence amplifiée,
Me fait toucher à une existence insoupçonné.

Comment savoir tout au long du temps,
Que les seuls moments présents entre nous,
Allaient être ceux qu’à tes côtés,
Je me sentais aimé de toi.

Serait-ce que ma sensibilité d’enfant,
À la recherche de tes encouragements,
Pour grandir avait besoin de se nourrir,
De reconnaissance et de considération.

En manque et affamé d’être important pour toi,
Je me suis mis à t’entourer de petits soins,
Dans l’espoir imprévisible et incertain,
D’être entraîné dans ton tourbillon.

Plus d’une fois, je l’avoue avec tendresse,
Mes révoltes enfantines et vengeresses,
M’ont mieux servies à t’attirer près de moi,
Où j’existais enfin pour toi.

Comment te connaître et me sentir connu de toi,
Sans partager ensemble nos motivations.
Si tu ne me parles de toi,
Et ne t’intéresse qu’à mes actions,
Ce n’est que maintenant que je t’entend chanter,
Ce doux moment n’a pourtant frôlé mon présent,
Qu’un instant dans le temps de mon enfance,
Et porte pourtant la douceur de ton intensité.

Je ne te connais que peu autrement,
Et ma difficulté à te rencontrer vraiment,
S’est infiltré entre nous lentement,
Jusqu’à m’isoler complètement.

Comment communiquer à mes propre enfants,
Ou avec la Fleur de mes rêves,
La tendresse qui n’a cessé de m’habiter,
Qui est resté bloquée entre nous deux.

Fallait-il que tu t’éteigne pour me faire réaliser,
Que mon besoin amplifié de communiquer,
Avait trouvé satisfaction,
Dans l’expression qu’est la chanson.

Que j’ai souffert d’avoir perdu la voix,
Lorsque la nature m’a transporté,
Dans un nouveau cycle d’expression,
J’ai en même temps perdu la voie.

Parce que je te percevais quand tu chantais,
Parce que je touchais à ta joie d’exister,
Quand à mon tour je me mettais à chanter,
Je me sentais entendu et reçu de toi.

En acceptant que j’ai rejeté,
À un moment de grande blessure,
De te considérer apte à m’aimer pour ce que je suis,
J’ai considéré ma propre aptitude à aimer.

Pourquoi dois-tu mourir,
Pour me faire voir tout le chemin que j’ai parcouru,
À chercher à l’extérieur de la maison,
La relation polarisée qui attend sa connexion.

Quand je me suis approché de toi,
Pour te souffler à l’oreille que je t’aime,
Les mots sont restés bloqués dans ma poitrine,
Et j’ai su que tu ne pouvais pas partir encore.

Puis au moment suivant,
En me regardant tendrement,
Avec le souffle de tes dernières énergies,
Tu me dis : « Je sais que tu m’aimes ».

Comme pour me faire voir,
Que j’avais besoin d’éteindre la brûlure,
Que mes jugements dévoraient,
Je sus que je devais me libérer.

En me branchant sur le souvenir de ton chant,
Présent dans les fibres fragiles de notre relation,
J’ai enfin pu à mon tour,
Te livrer mon amour.

Ce matin, on m’a prévenu,
Qu’il te restait quelques heures à vivre,
Je suis loin de toi, mais plus près que jamais,
Car l’amour présent est impérissable.

Je suis prêt à saluer ton départ,
Vers cette dimension mystérieuse,
Où malgré la distance,
Rien nous sépare désormais.

Merci enfin merci.
Tu as été la mère parfaite,
Le plus grand maître connu,
Pour me faire découvrir l’amour.

L’amour qui attire,
L’amour qui repousse,
L’amour insaisissable,
L’amour qui guérit.

Merci encore chère maman,
Pour ce que tu es,
Pour ce que je t’ai reproché de ne pas être,
Pour le guide que tu as accepté d’être.

Faut-il que tu meure,
Pour que je comprenne enfin,
Le sens caché du rôle,
Que tu as joué jusqu’à la fin.

Je suis prêt à te laisser partir,
Enfin le suis-je vraiment,
Maintenant que je te trouve,
Maintenant que je me retrouve.

Je ne te dis pas adieu,
Mais à maintenant,
Puisque ma capacité d’aimer,
Porte la marque de l’aveu.

Délivre moi de tes souffrances,
Elles ont porté le fruit,
De tes entrailles bénies,
Je me trouve gratifié.

Je te souhaite la vie,
Je te souhaite la joie,
Je te souhaite le plaisir,
Je te souhaite l’amour.

Je m’arrête comme tu le fais,
Dans le milieu de mon expression,
Parce que dans ce monde sans fin,
Tout fini et renaît en son temps.

Ainsi, je prends conscience,
Que tu m’apprends une autre leçon,
La fin n’a pas de but,
Sinon d’être un nouveau début.

Adieu Maman,
Je me plais à penser à toi,
Dans les bras de Celui,
Qui me permet de te dire : « À Dieu, Maman ».